Notre Histoire

L’histoire d’Ernestine et Clotaire plonge dans une mémoire familiale où les images occupent une place essentielle.

Dans notre famille, les images ne sont jamais de simples images. Elles se regardent, se conservent, se partagent. Le goût des cartes postales anciennes, de ces fragments de la Belle Époque et des Années folles, s’est transmis de génération en génération, comme on transmet une sensibilité, un regard sur le monde.

Ernestine & Clotaire est né de ce fil invisible : préserver, transmettre et laisser les images poursuivre leur voyage. Au fil des années, cette collection s’est enrichie de nouvelles découvertes et d’un regard personnel, fidèle à l’esprit de ceux qui l’ont transmise.

Aujourd’hui, nous sommes deux à faire vivre cet héritage : l’une restaure les images, redonne leur éclat au passé et a conçu ce site comme un écrin pour les accueillir ; l’autre prolonge cette histoire par l’illustration et l’impression.

Ce site s’inscrit dans cette histoire familiale et rend hommage à tous ceux qui, avant nous, ont choisi de préserver ces fragments de mémoire. Nous le dédions à Ernestine, Clotaire et Guy — trois passeurs d’images, liés par un même héritage.

Ernestine, une Présence Silencieuse

Une vie

Portrait d'Ernestine Lefort, souriante, photographiée dans le jardin familial, à Argent-sur-Sauldre.

Voici Ernestine telle que je l’ai connue.

Elle faisait littéralement partie de la famille. Marraine de ma grand-mère, elle avait vu grandir les trois enfants de celle-ci, puis ses petits-enfants.

Lorsque je passais mes vacances d’été à  Argent-sur-Sauldre, chez mes grands-parents, elle était souvent assise, silencieuse, près de la fenêtre de la cuisine. Parfois, nous allions lui rendre visite, rue de la Madeleine, mais, là  aussi, les mots se faisaient rares. Peu m’importait : j’aimais sa présence douce et son regard qui se posait sur moi.

Longtemps, je n’ai rien su de sa vie. Ernestine était simplement là , comme une évidence silencieuse. Enfant, je ne posais pas de questions. Je la regardais vivre à  petits gestes et percevais une forme de mélancolie sans pouvoir la nommer. Au fond, je sentais bien qu’un monde plus vaste se tenait derrière son regard.

Ce n’est que bien plus tard, après son décès, que j’ai commencé à  rassembler les fragments de son existence. Au détour de conversations, de photographies partagées et d’objets transmis à  mon oncle, l’histoire d’Ernestine s’est progressivement dévoilée. J’ai alors compris ce que son silence signifiait : une vie marquée par une rencontre, une passion partagée, puis une absence qui n’avait jamais cessé de l’accompagner.

Guy, un Voyage en Images

Transmission

Trois illustrations japonaises de la collection de cartes postales de Guy, témoignage de son intérêt pour les images venues d'ailleurs.

Avant de disparaître, le 12 février 1984, Ernestine avait pris la peine de transmettre à  mon oncle Guy, ses albums de cartes postales soigneusement conservés, comme on confie une mémoire fragile à  quelqu’un capable de la faire perdurer.

Il menait alors une vie professionnelle stable à  l’imprimerie Paragon d’Argent-sur-Sauldre. Rien ne le prédestinait à  bouleverser son existence. Il aurait pu choisir la sécurité, mais mon oncle avait ce petit grain de folie, cet esprit d’entreprise qui l’incitait à  transfigurer sa vie.

Après une année sabbatique durant laquelle il observa le monde discret des collectionneurs et fréquenta les salons de cartes postales, il fit le choix de la reconversion, quittant la stabilité pour une vie plus aventureuse. Il se consacra d’abord à  la vente par correspondance, parcourant de nombreux pays à  la recherche d’images venues d’ailleurs, avant d’orienter son activité vers le e-commerce en 2001.

Ainsi, pendant plus de quarante ans, il vécut de sa passion pour des petits bouts de carton, se spécialisant notamment dans les cartes étrangères et les cartes fantaisie. Chaque découverte prolongeait, sans qu’il le sache peut-être, le geste d’Ernestine : préserver, transmettre, faire circuler la beauté et la mémoire.

L’Absence de Clotaire

Amour et Mémoire

Portrait d'Ernestine vers 1910, avant son mariage avec Clotaire Lefort, présenté dans un cadre ovale ancien.

Lorsque j’étais enfant, Ernestine incarnait la solitude même. Je l’imaginais seule depuis toujours. On disait qu’elle prenait soin de l’église du village, qu’elle s’était, d’une certaine façon, consacrée à  Dieu. Cette idée me semblait naturelle, tant son silence et sa retenue allaient de soi.

Puis un jour, mon oncle sortit de leur écrin de vieilles diapositives sur plaques de verre. Il me parla alors d’un certain Clotaire, comme s’il faisait partie de la famille. C’était la première fois que j’entendais parler de lui. J’appris alors que Clotaire avait été le mari d’Ernestine, et qu’ils s’étaient mariés en 1912. Leur union fut brève : deux ans plus tard, Clotaire trouvait la mort à  Gorcy.

Dans la famille, une histoire circulait. On racontait que, le jour de la mort de Clotaire, Ernestine aurait vu apparaître son âme, venue lui dire adieu. Elle aurait ainsi appris la terrible nouvelle avant même de recevoir la lettre officielle de l’administration militaire.

Au fond, cette histoire disait l’essentiel : après la disparition de Clotaire, Ernestine n’avait jamais refait sa vie, portant le deuil pour toujours.

Photographie d'Ernestine vers 1910, posant en robe élégante dans un studio photographique.

Clotaire, Une Passion Partagée

Le Photographe

Portrait de Clotaire Lefort vers 1910, en uniforme de sous-officier, présenté dans un cadre ovale ancien.

Mais qui était cet homme dont le nom surgissait soudain ?

Octave Clotaire Lefort, que l’on appelait simplement Clotaire, naquit le 5 novembre 1888 à  Argent-sur-Sauldre, dans le Cher, d’un père sabotier et d’une mère ménagère. Lors de son mariage avec Ernestine, le 28 septembre 1912, il est mentionné comme sous-officier et domicilié à  Pithiviers. Leur union fut de courte durée, car vingt jours après la mobilisation générale, Clotaire trouvait la mort à  Gorcy.

La guerre ne s’arrêta pas là  pour la famille. Son frère aîné, Henri Hubert Lefort, alors vicaire à  Levroux, bouleversé par cette disparition, choisit de s’engager à  son tour. Incorporé comme brancardier en décembre 1914, il s’éteint le 24 juillet 1917 en portant secours aux blessés. Les registres militaires évoquent son courage et son dévouement exemplaire.

Aujourd’hui, de Clotaire, il ne reste que quelques plaques de verre, des appareils photographiques et des albums de cartes postales anciennes. Ernestine les conserva toute sa vie, comme on veille sur ce qui demeure quand tout le reste a disparu. Mais ces traces, fussent-elles minimes, suffisent à  dire l’essentiel : bien avant que la photographie ne devienne un art populaire, Clotaire semblait déjà  animé par le désir de fixer le monde, d’en retenir les instants, les visages, les lumières. Intuitivement, il pressentait une façon de lutter contre l’oubli.

Sans le savoir, Clotaire laissait ainsi en héritage une façon d’habiter le monde en images — un geste qu’Ernestine garda vivant, que mon oncle fit voyager, et que nous continuons aujourd’hui, à  notre tour, à  transmettre. Plus d’un siècle après leur rencontre, Ernestine et Clotaire continuent ainsi de faire voyager les images.

Photographie de Clotaire Lefort dans son bureau vers 1910, en uniforme de sous-officier, entouré de cartes et de photographies.
Documents Officiels
Acte de Naissance d’Ernestine
Acte de Naissance de Clotaire
Acte de Mariage
de
Ernestine et Clotaire
Acte de Décès de Clotaire
Pierre Tombale de Clotaire
Henri Hubert Lefort
Henri Hubert Lefort
Acte de Décès
de
Henri Hubert Lefort
Acte de Bravoure
de
Henri Hubert Lefort