Notre Histoire

Ernestine & Clotaire est née d’une histoire de transmission.

Dans notre famille, les images ne sont jamais de simples images. Elles se regardent, se conservent, se partagent. Le goût des cartes postales anciennes, de ces fragments de la Belle Époque et des années folles, s’est transmis de génération en génération, comme on transmet une sensibilité, un regard sur le monde.

Aujourd’hui, nous sommes deux à faire vivre cet héritage : l’une restaure les images, redonne leur éclat au passé et a conçu ce site comme un écrin pour les accueillir ; l’autre prolonge cette histoire par l’illustration et l’impression.

Ernestine & Clotaire est née de ce fil invisible : préserver, transmettre, et laisser les images continuer leur voyage.

Ce site est dédié à Ernestine, à Clotaire et à Guy — trois passeurs d’images, trois maillons d’une même histoire.

Ernestine, une présence silencieuse…

Voici Ernestine telle que je l’ai connue.
Elle faisait littéralement partie de la famille. Marraine de ma grand-mère, elle avait vu grandir les trois enfants de celle-ci, puis ses petits-enfants.

Lorsque je passais mes vacances d’été à Argent-sur-Sauldre, chez mes grands-parents, elle était souvent assise, silencieuse, près de la fenêtre de la cuisine. Parfois, nous allions lui rendre visite, rue de la Madeleine, mais, là aussi, les mots se faisaient rares. Peu m’importait : j’aimais sa présence douce et son regard qui se posait sur moi.

Longtemps, je n’ai rien su de sa vie. Ernestine était là, simplement, comme une évidence silencieuse. Enfant, je ne posais pas de questions. Je la regardais vivre à petits gestes et percevais une forme de mélancolie sans pouvoir la nommer. Au fond, je sentais bien qu’un monde plus vaste se tenait derrière son regard.

Ce n’est que bien plus tard, après son décès, que j’ai commencé à rassembler les fragments de son existence. Au détour de conversations, de photographies partagées et d’objets transmis à mon oncle, l’histoire d’Ernestine s’est progressivement dévoilée. J’ai alors compris ce que son silence signifiait : une vie marquée par une rencontre, une passion partagée, puis une absence qui n’avait jamais cessé de l’accompagner.

Guy, un voyage en images.

Transmission

Avant de disparaître, le 4 février 1984, Ernestine avait pris la peine de transmettre à mon oncle, ses albums de cartes postales soigneusement conservés, comme on confie une mémoire fragile à quelqu’un capable de la faire perdurer.

Il menait alors une vie professionnelle stable à l’imprimerie Paragon d’Argent. Rien ne le prédestinait à bouleverser son existence. Il aurait pu choisir la sécurité, mais mon oncle avait ce petit grain de folie, cet esprit d’entreprise qui l’incitait à transfigurer sa vie.

Après une année sabbatique durant laquelle il observa le monde discret des collectionneurs et fréquenta les salons de cartes postales, il fit le choix de la reconversion, quittant la stabilité pour une vie plus aventureuse. Il se consacra d’abord à la vente par correspondance, parcourant de nombreux pays à la recherche d’images venues d’ailleurs, avant d’orienter son activité vers le e-commerce en 2001.

Ainsi, pendant plus de quarante ans, il vécut de sa passion pour des petits bouts de carton, se spécialisant notamment dans les cartes étrangères et les cartes fantaisie. Chaque découverte prolongeait, sans qu’il le sache peut-être, le geste d’Ernestine : préserver, transmettre, faire circuler la beauté et la mémoire.

Ernestine, l’ombre fidèle.

Amour et mémoire

Lorsque j’étais enfant, Ernestine incarnait la solitude même. Je l’imaginais seule depuis toujours. On disait qu’elle prenait soin de l’église du village, qu’elle s’était, d’une certaine façon, consacrée à Dieu. Cette idée me semblait naturelle, tant son silence et sa retenue allaient de soi.

Puis un jour, mon oncle sortit de leur écrin de vieilles diapositives sur plaques de verre. Il me parla alors d’un certain Clotaire, comme s’il faisait partie de la famille. C’était la première fois que j’entendais parler de lui. J’appris alors que Clotaire avait été le mari d’Ernestine, et qu’ils s’étaient mariés en 1912. Leur union fut brève : deux ans plus tard, Clotaire trouvait la mort à Gorcy.

Dans la famille, une histoire circulait. On racontait que, le jour de sa mort, Ernestine aurait vu apparaître l’âme de Clotaire, venue lui dire adieu. Elle aurait ainsi appris la terrible nouvelle avant même de recevoir la lettre officielle de l’administration militaire.

Au fond, cette histoire disait l’essentiel : après la disparition de Clotaire, Ernestine n’avait jamais refait sa vie, portant le deuil pour toujours.

Clotaire, des images en héritage.

Le photographe

Mais qui était cet homme dont le nom surgissait soudain ?

Octave Clotaire Lefort, que l’on appelait simplement Clotaire, naquit le 5 novembre 1888 à Argent-sur-Sauldre, dans le Cher, d’un père sabotier et d’une mère ménagère. Lors de son mariage avec Ernestine, le 28 septembre 1912, il est mentionné comme sous-officier et domicilié à Pithiviers. Leur union fut de courte durée, car vingt jours après la mobilisation générale, Clotaire trouvait la mort à

La guerre ne s’arrêta pas là pour la famille. Son frère aîné, Henri Hubert Lefort, alors vicaire à Levroux, bouleversé par cette disparition, choisit de s’engager à son tour. Incorporé comme brancardier en décembre 1914, il s’éteint le 24 juillet 1917 en portant secours aux blessés. Les registres militaires évoquent son courage et son dévouement exemplaire.

Aujourd’hui, de Clotaire, il ne reste que quelques plaques de verre, des appareils photographiques et des albums de cartes postales anciennes. Ernestine les conserva toute sa vie, comme on veille sur ce qui demeure quand tout le reste a disparu. Mais ces traces, fussent-elles minimes, suffisent à dire l’essentiel : bien avant que la photographie ne devienne un art populaire, Clotaire semblait déjà animé par le désir de fixer le monde, d’en retenir les instants, les visages, les lumières. Intuitivement, il pressentait une façon de lutter contre l’oubli.

Sans le savoir, Clotaire laissait ainsi en héritage une façon d’habiter le monde en images — un geste qu’Ernestine garda vivant, que mon oncle fit voyager, et que nous continuons aujourd’hui, à notre tour, à transmettre.

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Cartes Postales Décoratives

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